Salle Crosnier


Exposition

MATHIEU DAFFLON – Lauréat du Prix Hirzel

PEINTURE   PEINTURE   PEINTURE   PEINTURE   PEINTURE   PEINTURE
PEINTURE   PEINTURE

 

Exposition du 14 janvier au 13 février 2016

Horaire Salle Crosnier (jours fériés inclus)
Mardi–Vendredi   15:00 – 19:00
Samedi                  14:00 – 18:00


Mathieu Dafflon – Modèles et répétitions : les usages de la peinture
par Séverine Fromaigeat

Qu’elles soient fastueuses ou désordonnées, modestes ou grandioses, faussement virtuoses ou délibérément mécaniques, les peintures de Mathieu Dafflon se nourrissent d’une certaine histoire de l’art pour décortiquer la question de la représentation. Dissimulé, partiellement, derrière les motifs et l’esthétique d’autrui, l’artiste pratique un virevoltant exercice de citation. Steven Parrino, Franz Gertsch, Karel Appel, Glenn Brown, Malcolm Morley: il puise indifféremment chez les expressionnistes, les hyperréalistes ou encore dans les magazines et la bande dessinée le matériau pictural qui servira l’exercice du pinceau. Avec une parfaite maîtrise des moyens à sa disposition, il étire les possibilités techniques et créatrices offertes par la peinture. Et s’attelle à en reformuler les catégories en jouant avec la matière, la couleur, le geste, le format, le support et l’histoire de ce qui constitue ce médium. Attiré par les peintures démodées, repoussantes ou supposément de mauvais goût, Mathieu Dafflon se nourrit de l’érosion des langages plastiques du XXe siècle pour élaborer des toiles qu’il souhaite sans qualités. Et propose une relecture décomplexée du modernisme assortie d’une critique de la notion de style.

Lorsqu’il réinterprète une œuvre de Karel Appel, célèbre artiste de l’expressionnisme abstrait européen, il lui ôte le caractère brutal et volumineux de sa présence matérique pour ne garder que l’essentiel du mouvement des couleurs et de l’agencement des formes. Malgré une ressemblance troublante avec l’esthétique du maître hollandais, la copie se situe dans un rapport ambigu avec son modèle : à la fois rapport d’identité, par le biais d’une précision photoréaliste soignée, et éloignement volontaire, dû à l’absence de relief et au découpage aléatoire des parties reproduites. Mathieu Dafflon ne respecte ni le format original ni la continuité de la peinture. Il séquence l’image en différentes parties, les agence, les superpose parfois, pour reconstituer une peinture qui sera simultanément semblable à son modèle et totalement différente. Il ne s’agit pas de dupliquer fidèlement mais de revisiter ce qui a été vu et de convoquer le souvenir d’un moment de l’histoire de l’art sous l’angle de l’interrogation : Que reste-il de la peinture et que dit-elle de notre présent ?

Ce qu’il puise chez l’artiste hollandais, c’est une matérialité picturale qu’il s’empresse d’aplanir et de figer. L’art de Karel Appel se caractérise par une approche expressive et énergique du geste pictural. L’artiste joue de son corps dans la bataille qu’il mène avec la toile et avec la couleur. Lorsque Mathieu Dafflon entreprend sa copie, il s’y attèle au contraire avec calme et méticulosité. Il recouvre la toile sans autre préoccupation que le remplissage du support par une matière lisse et fine, avec un geste et une attitude qui se situent bien loin de celles de son aîné. Par ce détournement, la peinture originelle se vide, dissoute dans la copie. Altéré dans la reproduction, le tableau se métamorphose en une image de peinture. Une image débarrassée de son contenu pour devenir le lieu d’une réflexion sur le devenir peinture de la peinture. Une image qui interpelle notre mémoire des images et la persistance des codes picturaux.

L’artiste choisit en outre de décupler les points de vue et les sources. Sur le fond abstrait et coloré se glissent d’autres images, des reproductions de photographies dont les motifs sont en relation avec la question picturale : un focus sur la palette de l’artiste, des images de magazines, une vue d’atelier. Ces inserts au statut équivoque – entre réalisme et illusion, entre chromo et grand art – agissent comme des interruptions troublantes qui embrument le champ de vision et multiplient les informations. La peinture se fait piège à peintures et devient elle-même support d’accrochage. Mathieu Dafflon utilise ici successivement la mécanique du zoom avant et du zoom arrière. Avec ses toiles monumentales et incrustées de représentations miniatures, il joue avec le seuil de visibilité de son sujet.

Son ironie distanciée et facétieuse rappelle les espiègleries picturales de John M Armleder ou de Jim Shaw. À leur instar, Mathieu Dafflon pratique une peinture qui ne cesse de sonder ses propres conditions d’apparition, de réception et d’existence. Peintre de la peinture, il s’amuse aussi bien des débordements de la matière colorée que des codes du bon goût, qu’il transgresse sans hésitation. Significations parasites et paradoxales, sauts d’échelle, rencontres improbables entre abstraction et figuration, il brouille les pistes de l’interprétation.


Avec le soutien de

Fonds Claudine et Sven Widgren

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Mathieu Dafflon, En territoire ennemi (Waste Session), 2015, huile sur toile (détail), 284 x 255 cm, coll. de l’artiste